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No More Raisins, No More Almonds
Ferment de tolérance - Jean St-Hilaire, Le Soleil
31 mars 2004
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Lieu de la vie revécue, le théâtre peut-il aussi être un ferment de tolérance et, tant qu’à y être, de compréhension interculturelle ?
Bryna Wasserman croit que oui. Non seulement il le peut, mais il a le devoir de s’affirmer leader en la matière, affirme-t-elle. Directrice artistique du Théâtre Yiddish Dora-Wasserman, du nom de sa mère, fondatrice de l’institution et décédée en décembre dernier, Bryna Wasserman anime en parallèle les JAJA, acronyme de Jeunes acteurs pour jeunes auditeurs. Avec 36 élèves de cinquième secondaire de l’école Bialik de Montréal, elle a monté, non pas une comédie musicale, mais un théâtre musical épique qui a fait s’avancer ses jeunes interprètes loin sur les chemins ombreux de la mémoire.
Soustitré Les Chants d’enfants du ghetto, le spectacle No More Raisins, No More Almonds ravive l’épisode tragique de l’Holocauste. Écrit par une de ses rescapées, Batia Bettman, institutrice montréalaise à la retraite, il a été présenté à l’auditorium Joseph-Lavergne, lundi et hier, en clôture de la Semaine d’actions contre le racisme.
Les représentations d’hier ont été jouées devant des élèves du secondaire de Québec. À la discussion qui a suivi celle du matin, quelques voix ont avoué tout ignorer de l’Holocauste. Mais tous ont compris avec une vive émotion que plusieurs de ces jeunes acteurs venaient de revivre devant eux l’horreur et le désespoir de leurs grands-parents dans les ghettos surpeuplés de l’Europe centrale et de l’Est. Tous ont saisi que ces jeunes personnages, qui affrontaient l’insoutenable avec des chants d’une déchirante nostalgie, mais aussi avec des airs étonnamment joyeux parfois, que ces jeunes bafoués et affamés, en attendant d’être exterminés, étaient réduits à cette indignité pour ce qu’ils étaient, et non pour ce qu’ils faisaient.
Ils ont reconnu le visage du racisme à son extrême. À la discussion, des voix sur scène et dans la salle ont appris aux uns et rappelé aux autres que des Gitans, des handicapés et des homosexuels ont aussi payé le prix absolu de la fureur nazie, et que les « plus jamais » des lendemains de la Seconde Guerre mondiale n’ont pas empêché les démons de l’épuration ethnique de réapparaître en Bosnie et au Rwanda. Ils ont reconnu le monstre. Et sans doute chérissent-ils un peu plus aujourd’hui la chance qu’ils ont d’être jugés pour ce qu’ils font, et non ce qu’ils sont.
Image: LE SOLEIL, Steve Deschênes |
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